FABRICE 

POITEAUX 

INTERIEUR BRUT

Une expérience photographique à la limite de l’image.
À travers cette nouvelle série, Fabrice Poiteaux engage un changement de notre regard sur l’espace. Comme dans ses séries précédentes, il explore les rapports entretenus entre le corps et l’espace à travers une expérience photographique originale. Ici, il visite de son œil photographique les espaces intimes du « sweet home ».
Les sujets (plus que les modèles) sont volontaires, ils répondent à l’appel à participation de l’artiste. Cela lui assure une diversité générationnelle, spatiale et sociale garantissant ainsi un non-choix esthétique des espaces et des corps. La série est réglée par un protocole strict quant à la mise en place technique : cinquante tirages 40x60 cm, dans une mise en scène systématique. Fabrice Poiteaux commence par masquer chaque objet, mobilier et volume par des morceaux de draps blancs. Puis il invite l’habitant du lieu à s’installer dans celui-ci, selon ses habitudes, dans une tenue minimaliste ou même absente.
Par la soustraction des référents trop littéraux, les vides se remplissent de sensations nouvelles, poétiques, fantomatiques et raffinées. Si au départ Fabrice Poiteaux avait pour intention un effacement radical des signes distinctifs socio-culturels qui normalisent les rapports humains. La série proposée n’est en rien réductible à cette volonté. L’image y trouve, au final, une autonomie dans cette absence et dans une image aux limites de la photographie. Cette soustraction du détail dans l’espace laisse le corps nu. L’espace (corps et volumes) apparait par effleurement dans La pure hospitalité de la feuille blanche : de la lumière naissent d’étranges ombres.
Ces photographies prennent place avec discrétion et mystère sur les cimaises blanches des salles d’expositions. Il est difficile d’y distinguer de suite la nature des images. L’œil hésite, les ombres s’accrochent. Jusqu’à ce que la scène naisse du grain du papier. Une sensation d’absence, de vide déconcerte un instant puis l’espace se stabilise et le calme de la prise de vue devient sensible. Les draps blancs ne font pas disparaitre objets et volumes, mais les métamorphosent en fantomatiques apparitions. Les échelles et les rythmes structurants les espaces sont conservés. Le corps de l’espace est drapé. Les formes restent flottantes tout en conservant un drapé tombé donnant de la fluidité à l’ensemble.
Cette fluidité se retrouve également dans le jeu du regard. Face à ces photographies, le regard cherche entre les formes, dans le blanc et le grain du papier de nouvelles révélations. L’expérience est forte face à cet excès de lumière. La série, offre une justification du procédé, nous informant ainsi qu’il ne s’agit en rien d’une erreur de surexposition hasardeuse, mais bien d’une potentialité de la photographie en dehors de la norme réaliste souvent dominante pour ce médium. L’objet, plus que l’image, est proprement photographique. Et celui-ci offre une expérience nouvelle de notre représentation tant du sujet que du médium. La présentation contrecollée et sans vitre permet un accès direct à l’épiderme du papier rendant une sensation tactile de l’objet.
Les Intérieurs bruts présentent un ensemble ou univers propre à la photographie, en marge des expériences visuelles habituelles. Notons d’ailleurs la difficulté de reproduire le travail en dehors de sa forme définitive. C'est toujours un défi que de vouloir le retranscrire dans un autre format ou une autre forme. Dans ces visions, la sémiotique se comprend dans son sens premier, plus que dans une analyse symbolique ou narrative. Le regard explore au sens propre des signes, sans que ceux-ci ne soient reliés à une époque, un contexte ou une histoire particulière. À travers cette série Fabrice Poiteaux, nous propose une expérience originale et forte, dans laquelle il interroge la place de l’individu dans l’espace. Un questionnement universel et intemporel sublimé dans une exploration technique et photographique aboutie.

David Ritzinger , La Belle Epoque [Arts Contemporains], Lille octobre 2014.

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