Fabrice Poiteaux
Travaux

Vidéo

Convocation de l'univers de la vidéo aux côtés de l'installation photographique : une même transdisciplinarité, un même intérêt pour le processus, un même retour à la source de l'image.

Spinoza et le temps : introduction du « temps vivant » dans la doctrine de la Substance éternelle. Quelle est la signification de la totalité (« Dieu » ou « Nature ») pour des êtres finis ? À une époque qui en fait un enjeu central, n'est-il pas temps de « prendre le temps au sérieux » ? (rép. : Samuel Alexander)

Depuis le début du vingtième siècle, les théories et découvertes scientifiques, et en premier lieu la relativité, ont ouvert la porte à un questionnement fondamental sur la nature du temps. Il en a découlé la mise en évidence des relations à la vitesse, à la masse et à la gravité des corps qui font varier le temps et l'espace. D'une manière courante, nous avons pris l'habitude de considérer le temps comme une dimension à part entière, par exemple nous estimons rarement aujourd'hui une distance à parcourir en considérant une distance, mais c'est plutôt la durée qui nous intéresse. Par contre, notre rapport au temps lui-même reste assez identique dans sa structure générale, avec le passé figé à jamais, le présent, toujours en mouvement, là où tout se décide, et le futur, tout ce qui n'est pas advenu, avec toutes les incertitudes et probabilités que cela comporte.

Il en ressort, à mon sens, deux changements majeurs de paradigme. Le premier est que la destinée n'existe pas, notre futur, qu'il soit individuel (indivis-duel, à la fois le fait d'être double et indivisible, y a-t-il meilleure définition de l'être humain que d'être à la fois deux parties qui se confrontent, indivisibles ?) ou collectif (de collectivus « ce qui groupe, rassemble » les individus). Qu'il n'est de futur que suivant ce que nous faisons et projetons à l'instant présent dans le but de vivre selon nos choix les instants proches ou lointains à venir.

Par ailleurs, la science montre aujourd'hui que les champs gravitationnels, qui sont une manifestation de la matière, et l'espace-temps sont une seule et même chose. L'espace-temps évolue en fonction de l'existence de la matière. Par exemple, l'évolution de notre monde, la Terre, évolue en fonction de la déformation de l'espace-temps due à la présence du Soleil. C'est-à-dire qu'en variant en fonction de cela, on se rend compte que l'espace et le temps ne sont pas des constantes, au contraire, ils deviennent dynamiques, ce qui est un changement majeur car cela tend à définir qu'il n'y a plus vraiment de différence entre le contenant et le contenu, soit l'espace-temps et la matière.

Le second changement remarquable, c'est qu'à l'instar des grandes révolutions scientifiques qui ont profondément modifié notre rapport au monde et, par voie de conséquence, à nous-mêmes (de Pythagore à Hawking, en passant par Newton, Darwin et tant d'autres), nous savons que la notion de temps est un arrangement avec nous-mêmes, développé à partir de ce qui nous met en rapport avec le monde autant qu'il nous en limite l'accès, à savoir nos cinq sens. En effet, nos sens et notre façon de les interpréter et de leur donner un sens (l'expression de notre culture) nous donnent une lecture particulière de ce qui nous entoure, la réalité, qui n'est pas autre chose que ce que nous percevons (illusions comprises). Mais nous pouvons aujourd'hui dissocier le Réel, qui n'est alors plus le synonyme de réalité, en cela qu'il représente les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire au-delà de nos perceptions. Le Réel est alors pour nous un monde d'abstraction, en cela qu'il ne nous est accessible que par les sciences et des expériences de pensée.

C'est par cette approche poétique que je cherche à transposer ma perception du monde.

Paysage quantique

Paysage quantique 01

Projection vidéo, 17 min 40. Durant plusieurs semaines, Fabrice Poiteaux réalise plusieurs fois de suite le même voyage en train entre Paris et Clermont-Ferrand, toujours le même jour à la même heure, puis juxtapose des extraits en un travelling composé de quatre films recomposant ensemble un voyage dans le temps et le territoire.

Paysage quantique 03

Projection vidéo, 17 min 40. Durant plusieurs semaines, Fabrice Poiteaux réalise plusieurs fois de suite le même voyage en train entre Paris et Clermont-Ferrand, toujours le même jour à la même heure, puis juxtapose des extraits en un travelling composé de quatre films recomposant ensemble un voyage dans le temps et le territoire.

Autres pièces

Marine polytemporel 03

Projection vidéo, 13 min 10. Un bord de mer à marée haute est filmé de manière identique à quatre reprises. Chaque prise de vue occupe alors un quart de l'image afin de recomposer le paysage marin à l'identique, si ce n'est l'écart de temps qui éclaire d'autant de différences la répétition d'un événement cyclique, à la fois chaotique et déterminé. La différence ici se fonde sur la répétition et, paradoxalement, sur l'impossibilité qu'une chose, un élément ou une personne soit identique bien qu'il s'agisse encore d'elle-même. C'est en faisant apparaître ces variations qu'apparaît la marque du temps.

Corps paysages
Paysage décohérent

Projection vidéo, 10 min 30. Un même paysage marin est filmé à plusieurs reprises suivant des points de vue différents, mais toujours placés sur le même axe. Ainsi, Fabrice Poiteaux joue sur le temps et la distance face à un même sujet, en convoquant les événements qui animent un même paysage afin d'en approcher la nature « cohérente », réelle autant qu'humaine. Paysage décohérent, pourquoi ? La cohérence, si l'on prend en compte l'espace-temps, est un état de superposition continu, de tous les instants. À l'inverse, la décohérence est la manifestation d'un état spécifique que nous appelons ordinairement « la réalité » (les choses telles qu'on les perçoit, avec tout ce que cela implique sémiologiquement). En soi, ce phénomène de superposition est extrêmement réel, au sens où le réel est le monde des choses telles qu'elles sont, par essence même. Ce à quoi, finalement, nous n'accédons que rarement, et encore faut-il en passer généralement par l'abstraction.

Mélancolie

Projection vidéo, 15 min 05. Un jardin ordinaire à l'arrière d'une habitation, le linge de maison sèche au vent a été filmé à plusieurs reprises avant et après la disparition de l'habitant. Une année les sépare, rien ne semble avoir changé, sinon le souvenir et le vent qui traverse l'image. Dans l'entre-deux, l'histoire se transforme, la perte d'un être proche accompagne le passage définitif du passé à l'histoire. Un moment particulier lors duquel rien n'a changé de manière concrète, hormis peut-être notre perception et, surtout, le sens que nous donnons à ce que nous voyons.

Marches pour la Commune

← Retour à Travaux